ROLEPLAY


kün geyum (le grand voyage)

Journal de bord d'Eeri
Quarta, Germinally 10  Tria, Germinally 21, 1st AC 2618

Pour l’instant, la route est relativement divertissante. Ce n’est pas l’avis d’Azazor, et je m'emploie à pousser ses limites. Je suis convaincue qu’il vaut mieux le faire maintenant, plutôt que d’attendre d’être réellement confrontés à l'inconnu. J'ai l'impression que le fyros panique légèrement, intérieurement. Le pauvre. Je devrais le ménager, mais pour l’instant je peux me permettre de le garder encore dans cet état. Je saurai lui dire ce qu’il faut pour qu’il retrouve son sang-froid quand il le faudra.

Et puis on a perdu le Mektoub d’Azazor. "künos, j'ai glissé, künos", j’ai fait, avec une petite voix, et ça nous a pas fait rire. "ramèch", j’ai ajouté, en grimaçant.
Ces bestioles ne sont pas taillées pour un chemin pareil. Grimper et sauter de racine en racine, il faut dire, c'est pas leur truc. C'est pas non plus le notre, je vais pas mentir. D'ailleurs, Azazor me faisait remarquer l'absence de Gibbaïs dans la zone, et c'est une bonne chose, ce serait bien les seuls créatures capables de nous courser dans ces zones, avec leurs grands bras. Les jugulas ne nous y poursuivent heureusement pas, et lorsque nous avons à grimper, les prédateurs de la jungle non plus. Observation en passant, quoi que pas très utile : poursuivi par les machoires d'un najab, le mektoub se montre très agile lorsqu'il s'agit de grimper sur des racines pour ne pas se faire bouffer. Il est en revanche beaucoup moins à l'aise lorsqu'il s'agit de descendre. C'est peut-être du à la position de ses yeux, ou bien aux sangles et sacs que nous lui attachons dessus qui l'empêchent de bouger librement. Je regarderai ça. Il était peut-être simplement trop chargé.

Bref, on a perdu un mektoub, la poisse. Cet imbécile d'animal a posé une patte là ou il fallait pas, il a fait une belle chute, et s'est empalé la trompe plus bas. C'était pas beau à voir, et ça nous a calmé... J'ai bien entendu fait de mon mieux pour ne pas montrer mon inquiétude à Azazor, il ne faut pas perdre la tête. On a bu une bonne shooki à la mémoire de l’animal, sachant qu’on abandonnerait le petit tonneau là. Puis on a pris les outils, la viande séchée, deux ou trois potions qu’on a pu sauver, vu que la plupart étaient en miettes, donc le plus précieux du sac de l’animal et on a abandonné quelques pièces d’armures, des vivres encombrants... Ensuite, nous avons mis ça comme on pouvait sur mon mektoub, et pour ne pas trop le surcharger, en faisant un peu de place dans son sac aussi. J’essayais tant bien que mal de ne pas sortir certaines de mes marchandises plus délicates. Azazor lorgnait sur tel ou tel paquet, me demandant s’il était bien nécessaire de garder tout ça. Bon, j’aurais pas du lui dire "occupe toi plutôt de trouver la prochaine balise!", il a posé encore plus de questions. Puis il a failli ouvrir la boite avec la dague vivante. Du coup, j’ai expliqué pour les livres, et vaguement que tout le reste était important. Je commence quand même à regretter d’avoir amener ces bombes à goo du cercle noir. C’est pas anodin, et surtout, faudrait pas que mon mektoub fasse le même faux pas, ça ferait un sacré nuage. Je me demande quand même à quoi ça va me servir, et si ce ne serait pas mieux d'abandonner ça discrètement dans un coin de la jungle... Pour la prochaine escalade, il faudra que je garde une partie du sac de l'animal à la main, ce sera plus sûr. Et puis faudrait peut-être que je lui en parle.

Puis mon pauvre mektoub m’a regardé de loin découper son congénère et emporter un large morceau de cuisse, avec dans ses yeux une lueur oscillant entre la tristesse infinie et l’indifférence la plus totale, sans réagir… Ça change du regard déjà épuisé et légèrement énervé d’Azazor… Le palefrenier n’avait pas menti, la bête est bien dressée, en bonne forme, elle ne nous lâchera pas. J’entends, le mektoub qu’il nous reste, pas le fyros. Pour ce dernier, j’ai servi une pointe d’essence d’ocyx avec le roti de mektoub, ça nous l’a ragaillardi. C’était une bonne soirée, on se serait crus à la patte de yubo, les grognements de Lydix remplacés par ceux des lointains prédateurs.

D'ailleurs, j'ai du forer du bois pour allumer un feu dans ce foutu pays. Tout est trop humide, il n'y a pas assez de lumière. Azazor s'est moqué de la piètre qualité de mon forage. Mais il faut dire que d'une part, les sols de la jungle et de la forêt ne sont vraiment pas mes spécialités, et que bon, kif kif, de la part d'un fyros qui ne tiendrait pas une pioche par le bon bout... Ce bois me semble assez étrange, un peu différent de ce qu'on pourrait trouver chez nous. Humide, mou, et une odeur étrange. Mais comme je n'ai jamais vraiment foré dans ces régions des nouvelles terres non plus, à part au nexus, qui est visiblement un cas à part, je ne saurais pas trop dire. Peut-être que le motega en forêt est simplement de mauvaise qualité, comme la plupart des choses que l'on trouve là-bas. Il est un peu tard pour demander à Nilstilar quel bois il utilise habituellement pour faire chauffer son eau en forêt, mais je penserai à prendre quelques échantillons au retour, si nous avons encore de la place.

Le lendemain, on a pris le temps de faire un point sur la carte. Azazor me dit que nous ne tournons pas en rond, je commence à en douter légèrement, sans le lui montrer. Mais je fais confiance en son sens de l'observation et sa connaissance des astres, qui est bien meilleure que la mienne. Ça fait quand même pas mal de jours que nous avançons ici, et Azazor pense qu'il nous faudra encore un mois de marche pour atteindre Fort-le-phare. S'il dit vrai, nous devrions bientôt arriver dans cette zone de forêt qui surplombe la Mer de Bois. Peut-être essaye-t'il de se persuader lui-même, je fais de mon mieux pour le croire.
Nous verrons. Il faut avancer sans trop réfléchir, et au moins, ça, on sait faire.
Fort-le-Phare... De là, je trouverai peut-être quelqu'un pour faire transporter une ou deux lettres vers Fairhaven et Thesos.

Allez, il faut dormir maintenant. Nous avons trouvé un coin légèrement en hauteur et protégé, il faut en profiter. Les journées se ressemblent dans ce labyrinthe, Il faut faire en sorte de rêver d’autre chose pour ne pas laisser la moindre chance au découragement.



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Eeri
"Quand on a le nez trop près de la bouteille, on ne voit plus le bar"
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