ROLEPLAY


kün geyum (le grand voyage)

Journal de bord d’Azazor
Tria, Pluvia 3, 1st AC 2618 (je crois...)

Pourquoi je l’ai écouté ? On est perdu quelque part dans la mer de bois, on n’a plus rien à bouffer à part de l’écorce et quelques plantes éparses, et on envisage de tuer notre dernier mektoub pour pas crever de faim. Voilà ce qui arrive quand on écoute les idées géniales d’Eeri.

On a réussi jusqu’ici à rester sur la route, à suivre les balises. Puis, au sortir du labyrinthe, à l’approche des falaises, quand la route bifurque à gauche et que le chemin devient plus étroit, il a fallu tomber sur un immense troupeau de jugulas. On a alors quitté la route pour se rapprocher des falaises par la droite, en espérant qu’on pourrait les longer et passer quand même, comme on l’a souvent fait dans les nouvelles terres, quand il s’agit d’éviter les dangers au maximum. Généralement cette technique marche bien. Mais pas ici, on a eu beau racler la falaise, le troupeau de jugulas était toujours présent. J’ai eu alors l’idée de revenir en arrière et de passer le troupeau en longeant la falaise par la gauche. Mais Eeri a alors eu une idée lumineuse. Ah ce génie…

Et si on descendait la falaise en escaladant cette grosse racine là, pour arriver directement dans la mer de bois, puis en allant vers le nord-est, on finira par recroiser la route. Le mektoub ? Mais si, il va réussir à descendre.

Alors oui, il a bien réussi à descendre. C’est pas passé loin de le voir lui aussi glisser pour s’éclater plus bas comme le dernier, mais non, il a survécu. Sauf qu’il ne survivra pas à notre envie de manger, maintenant qu’on est perdu je ne sais où dans la mer de bois. Probablement hors de la carte. Je n’ai plus aucun repère. On a bien pris direction nord-est une fois en bas de la falaise, mais on n’a pas croisé la route.
Pourtant, en y réfléchissant, on aurait dû simplement une fois en bas suivre la falaise en remontant vers le nord. Ça nous aurait un peu rallongé, mais au moins, c’était plus prudent. Sauf qu’Eeri voulait aller vite. Sauf qu’Eeri, quand elle a une idée en tête, quand elle se sent en confiance, elle fonce tête baissée. Je comprends, j’étais comme ça avant de me rendre compte que la technique fyros de foncer tout droit est une erreur, surtout ici. Faut croire qu’elle n’a pas évolué depuis les légions fyros. Après, je lui en veux, mais c'est aussi de ma faute. J'aurais dû être plus ferme avec elle. Je me suis laissé berner par son assurance. Mais la tête ici, c'est moi. Et elle les jambes. C'est comme ça que c'était prévu.

Depuis notre arrivée en bas de la falaise, il s’est écoulé plus de trois semaines. On a avancé plus ou moins dans le brouillard pendant une semaine en direction du nord-est. Parce que oui, c’eut été plus simple s’il n’y avait ce brouillard épais qui nous empêche de voir l’horizon. Tout est morne ici, le sol est nu, rien n’y pousse ou presque. Cette mer de bois, c'est la négation de la vie. Je me sens tellement faible ici, j'ai la tête qui tourne de plus en plus, et ça ne s'arrange pas avec le temps passé dans ces contrées désolées. Comme si cette mer de bois pompait notre énergie vitale. Comme si elle se nourrissait de nous. Et pour ne rien arranger, on ne pouvait pas voir les falaises au loin qui auraient dû être normalement sur notre gauche. Alors après une semaine de marche sans croiser de balises, on a tenté d’aller sur notre gauche, pour rejoindre la falaise même si on ne la voyait pas. On a fini par y arriver, après seulement un jour de marche. Puis on l’a longé. Et après dix jours de marche à coller la falaise, rien. Pas de balise, pas de pente ou d’accès quelconque pour remonter à Fort-le-Phare. Là, ça semble encore tourner vers le sud, si j’en crois la position de l’astre du jour qui peine à percer dans le brouillard.
Alors soit on est allé trop loin vers le nord et on a loupé la balise murale indiquant la route, soit… on est au niveau de cette colline sur la carte, à l’est de Fort-le-Phare. On croit longer la falaise ouest alors qu’on tourne autour de la colline.

J’espère que c’est ça. A vue de nez, on en a bien pour une semaine à rejoindre la falaise en allant à l’ouest. Puis, théoriquement, faudra descendre un peu et on devrait croiser la route. Faudra pas louper la balise. Sinon, on va descendre trop bas. On n’a plus le droit à l’erreur. Mais si on va pas clairement à l’ouest, on risque aussi d’arriver à la falaise au sud de la route. Va falloir marcher le plus droit possible et espérer que cette foutue carte soit correcte. Le mektoub n’a plus de fourrage mais il semble se contenter pour l'instant de la micro végétation qui pousse par endroit. Il avance lentement, mais il nous suit. Et nous ? On a bouffé notre dernier morceau de viande séchée hier matin. Va-t-on se contenter d’écorce et de graminées pendant une semaine ?

J'ai peur. Voilà, c'est écrit, j'ai peur. J'entends des bruits, des bruits étranges. Un grondement sourd qu'on pouvait entendre autrefois aux bords des falaises dans les nouvelles terres. Une sorte de meuglement de grosse bestiole. Je pensais que c'était les craquements de l'écorces, mais ici, on les entend beaucoup plus fort, et c'est clairement pas ça. C'est plus... guttural. Eeri parle de shalah géant. Moi ça me fait penser à des bodocs monstrueux. Et des tapements aussi... ça tape un bodoc? Je veux pas rencontrer ce qui fait ce bruit. Il y a quelques jours de ça, j'ai cru voir une forme au loin. Un truc gigantesque. J'en ai pas parlé à Eeri. Je crains qu'elle veuille aller voir ce que c'est. Je suis pas prêt. Alors j'ai fermé ma gueule et j'ai continué d'avancer. Elle l'a peut être vu aussi et n'a rien dit non plus. Elle a peut être peur elle aussi? En tout cas elle ne le montre pas.

C'est décidément trop épuisant d'écrire. Mais je préfère le faire maintenant, tant que j'ai encore assez de force et l'esprit assez clair. Parce que cet endroit rend fou si on y reste trop longtemps, j'en suis sûr. On devrait appeler cette mer de bois le désert de la confusion. Ou mieux, le désert qui rend fou. C'est peut être la folie qui me fait voir des formes sombres à l'horizon. C'est peut être elle qui beugle dans ma tête et tape dans mon crâne. Hallucination, délire, folie... La mer qui rend fou...

ramèch, je veux pas crever comme ça, de faim et complètement fou au milieu de nulle part! Si le mektoub tient, je tiens. Si Eeri ne craque pas, je ne craque pas non plus!

Au pire, si le mektoub crève, on aura à bouffer. Et si c'est Eeri qui crève? Pareil haha! Hop, fournée de légionnaire à la sciure de bois accompagnée de ses herbes folles...

J'en ai marre, j'ai peur, je veux rentrer...

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fyros pure sève
akash i orak, talen i rechten!
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