ROLEPLAY


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#1 [fr] 

Journal de bord d’Azazor
Holeth, Winderly 18, 1st AC 2617

C’est décidé, nous partirons pour les Anciennes Terres avec Eeri dans quelques cycles. L’annonce devant les amis du CEK ne fut pas facile. Le regard de reproche de Wixarika surtout. Pourtant tu aurais dû t’en douter ma fyrette ardente. Si je t’ai formé, c’est pour que tu prennes ma place. L’Empire a besoin d’un akenak avec des idées neuves, pas d’un vieux bourru indiscipliné comme moi. Évidemment, ils ont essayé de m’en empêcher. Mais ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’Eeri ait fait un gosse entre temps. Un gosse, Eeri ?! Ramèch ! Bien sûr, elle devrait rester pour l’élever. Mais c’est comme essayer d’arrêter l’avancée des dunes de sciures. Plus têtue qu’un bodoc celle-là. Et tant mieux. Je préfère qu’elle m’accompagne, mais j’oserai jamais lui dire.

Des années que je prépare cela. Des années à lire et relire les anciennes chroniques que j’ai réécrites sur cuir de varinx et stockés chez moi. Des années à peaufiner ma vision de ces terres oubliées.
La ranger Dorothée a élaboré une carte un peu plus détaillée que celle que j’ai donné à l’Académie Impériale. Elle est surtout plus solide pour que nous l’emportions durant notre voyage. Je ne suis pas complètement d’accord avec certaines choses, notamment sur l’emplacement du récif de Baldos. Mais globalement, ça me semble bon. D’ailleurs, le Dua, Pluvia 8, 1st AC 2617 nous avons rendez-vous avec Barmie Dingles pour que celui-ci nous renseigne un peu mieux sur la géographie des Anciennes Terres. Il apportera sans doute des modifications sur la carte et peut être quelques conseils pour éviter les kitins. J’espère juste qu’il ne va pas tenter de nous dissuader. Non pas que je puisse céder. Mais ça risquerait de vite m'énerver. A 63 ans, on a passé l’âge d’être materné. J’ai même jamais été materné, ma pauvre mère est morte en couche.

Je m’égare, comme toujours. Bref, après cette rencontre, ce sera le départ. Il nous faudra peut-être encore quelques semaines pour fignoler les préparatifs. Avec Eeri, on essaie de se voir régulièrement pour cela. Bientôt, nous passerons des années ensemble, alors que cela fait des mois que nous ne nous sommes pas vu. Elle a changé d’ailleurs. Plus fatiguée. Sûrement son gosse. Je me fous de qui est le père. J’espère juste qu’elle n’a pas perdu de sa combativité. Je compte un peu sur elle. Ces dix dernières années, je les ai plus passés dans les couloirs de l’Académie Impériale que sur les champs de bataille. Eeri, c’est un peu mon bras armé. Moi la tête, elle les jambes. Ramèch, si elle lit ça, elle me tue. T’en fais pas Eeri, je sais que t’es pas qu’une paire de muscles. On survit pas à ce que t’as pu endurer sans un minimum d’esprit. Et de l’esprit il en faudra là-bas. Sûrement plus que des muscles.

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#2 [fr] 

Journal de bord d'Eeri
Tria, Germinally 9, 2nd AC 2617

Une première page de journal. Je vais devoir me prêter à cet exercice, aussi souvent qu'il y aura quelque chose d'assez important à écrire. De toute façon, qui lira ça à part moi? Nous nous sommes promis, avec Azazor, de garder nos écrits respectifs pour nous-mêmes. Ce sera mieux comme ça. Mes écrits sont et seront sans doute beaucoup plus chaotiques que les siens, des tas d'idées écrites sur le moment. C'est égal, je ferai le tri et réécrirai les choses importantes lorsque je reviendrai. Mais où commencer?
Il ne lira ça que si je ne reviens pas... Tu m'excuseras dans ce cas, mon bon fyros. Nous allons passer du temps ensemble, il vaudra mieux que je passe certaines de mes colères et doutes par écrit, plutôt que de les faire exploser entre nous. Mais allez, relire tout ça me fera rire dans quelques années.

L'heure approche. Chaque minute qui passe me fait savourer un peu plus le monde qui m'entoure. Le clapotis de l'eau à thesos, bruit du vent chargé de sciure, le crépitement du vent, un steak de bodoc et une shooki... Même une gorgée d'eau fraiche. Qui sait comment ce sera, là-bas. Ah, quelle bonne idée, je commence à parler de ce qui se boit ou mange.

Et pourtant le temps presse. Barmie Dingle, le guide ranger, nous a parlé de cette forteresse des maraudeurs, et que nous ne pourrons sans doute pas passer discrètement, encore moins en force. Il nous faudra absolument de quoi négocier. De quoi les convaincre de nous laisser passer, à l'aller, puis au retour. De bons arguments, une monnaie d'échange, des objets...? Peut-être un message, des informations? Quelques homins peuvent sans doute m'aider, à commencer par Mazé'Yum. Entre ses contacts avec les maraudeurs des nouvelles terres, et son appartenance au cercle noir, nous trouverons bien quelque chose. Il me reste à le convaincre. Je dois garder tout ça pour moi, une négociation avec les Zoraï-goo est toujours un marché délicat. Il ne doit s'agir que de leur rendre service, surtout pas de ne leur promettre quoi que ce soit en retour. Varynx échaudé craint la retch, comme on dit. Mais ce n'est pas gagné.

Barmie avait aussi laissé entendre que les maraudeurs et les rangers des anciennes terres s'entraidaient, d'une certaine façon, les uns étant les yeux, les autres les bras armés. Il ne serait donc pas idiot de se faire aussi passer pour des rangers là-bas. Des rangers messagers. Ce n'est pas gagné avec le fyros, il transpire la discipline impériale à trois dunes à la ronde, mais j'aurai quelques cycles pour le former à prononcer un "woren siloy" parfait, à faire se méprendre n'importe quel hoministe.

Et puis encore ce Barmie... En effet. Je lui ai parlé un moment en privé, afin de le questionner sur les trytonistes. Nous avons parlé de maraudeurs, de rangers, qu'en est-il de ces derniers?
J'ai pu voir très vite la différence entre lui et les homins d'ici, des nouvelles terres. C'est assez surprenant, finalement, de croiser un homin qui ne saute pas de peur en entendant le mot trytoniste. La plupart ici pensent que le simple fait de prononcer ce mot à voix basse fait apparaitre un régiment de la kuilde bien décidé à les couper en petits morceaux.
Sa réponse est claire, et fait sens. Il n'y a pas de trytonistes dans les anciennes terres, Barmie n'avait jamais entendu parler d'eux avant d'arriver ici. Ils n'ont aussi aucun intérêt à être là-bas, aussi loin. Pourquoi iraient-ils se cacher aussi loin des puissances qu'ils combattent ? Je verrai en chemin, peut-être arrivera t-on à en croiser. La route à faire avant cette citadelle est bien longue.

Et puis... Il faudra laisser Thesos. Ce petit bout de fyros grandira sans moi. C'est acté, tout est enfin organisé pour qu'il ne manque de rien pendant sa jeunesse, et pour qu'il soit éduqué par la crème de la crème de la discipline fyros. Ce sera déjà ça, il n'aura pas à subir mon instabilité et ma folie. Je commence à m'habituer à sa présence, toutefois. Il me manquera presque un peu. Kyriann a raison, je suis d'une irresponsabilité sans pareille, sauf j'espère lorsqu'il s'agit de survivre. On aura besoin de ça.

Allez, ça fait déjà beaucoup pour une première page de journal. Il me reste pas mal de choses à régler.
Trouver Mazé'Yum, d'abord. Ensuite, trouver un poison puissant, et son antidote. Azazor, si un jour futur tu lis ça, pas d'inquiétude, ça ne t'est pas destiné, et ça ne te sera jamais destiné. Juste une sorte de pressentiment, quelque chose que mon intuition me dicte de me procurer. Mazé'yum sera sans doute trop borné pour me fournir ça, j'ai l'impression qu'il a, à sa façon, une certaine d'affection pour moi. Je vais devoir me tourner vers les matis, une rumeur dit qu'une en particulier s'intéresse singulièrement à ce genre de choses.

#3 [fr] 

Journal de bord d'Eeri
Quarta, Thermis 28, 2nd AC 2617

J’ai rencontré Canillia.
Étrange homine. Et j’écris ça, moi qui suis sans doute toute aussi étrange à ma façon, sans doute. Enfin, la rumeur avait dit juste. Une empoisonneuse, une de ces matisses au coeur froid, ambitieuse et prête à tout pour arriver à ses fins. Pour autant, prudente, mystérieuse, et réfléchie.
Après quelques questions sur la raison pour laquelle je cherchais de tels produits, elle m’a décrit les effets des poisons qu’elle pouvait me fabriquer, avec calme et précision. Ma raison n’est pas claire, encore. Monnaie d’échange, moyen de pression… Ses poisons sont terrifiants. Une paralysie après quelques secondes, et si on le laisse agir sans antidote, une mort par asphyxie dans les minutes qui suivent. Troublant, aussi, la possibilité, à très petite dose, de l’utiliser afin d’endormir un blessé pour mieux le soigner. Je devrai lui faire confiance dans son indication des dosages, en espérant n’avoir jamais à m’en servir. Je n’ai pas posé de question sur la façon dont elle a pu tester tout ça. L’apprentie scientifique que je suis sait qu’il vaut mieux ne pas tout questionner, et que le résultat d’un labeur et d’une recherche réussie n’arrive que rarement sans couper un poil d’un yubo.

Devrais-je me méfier lorsqu’elle m’a demandé de lui écrire et signer, sur un cuir de varinx, qu’elle réalisait ces poisons pour moi, afin de ne pas être accusée d’un quelconque meurtre que je pourrais commettre? Chaque sorte poison est signé, me dit-elle, elle pourrait être rapidement identifiée. Je comprends sa prudence de facade, mais n’ai que peu d’optimisme pour son avenir. Si jeune, déjà tant de rumeurs à son sujet. Si en plus de ça ses productions sont facilement identifiables, elle n’ira pas bien loin. Enfin, après tout, ce n’est pas mon problème, et d’ici quelques semaines tout ça sera loin derrière moi.
Si elle-même utilise ce poison tant que je suis ici, elle pourrait aussi me faire accuser. Il me faudra donc écrire, avec précision, la quantité de poisons qu’elle me fournira, et qu’elle même applique son sceau sur un second cuir de varinx. Tant que je suis ici, et de toute façon aussi longtemps que possible après mon départ, les flacons demeureront scellés.
Après explication des raisons de notre voyage, elle a renoncé à me demander tout payement, ne réclamant seulement la promesse de revenir vivante.
Étrange homine, vraiment. Je n’arrive pas à croire que je puisse écrire quoi que ce soit de positif à propos d’une telle homine, mais après tout, ce journal n’est pas le lieu ou mentir. Je crois même que, si elle n’avait pas été matisse et Alkiane par dessus tout, j’aurais presque eu envie de mieux la connaitre.

Le prochaine à rencontrer, c’est Mazé’Yum. Ha, quelle sotte, je devais lui envoyer un izam, au lieu d’user ma plume au sujet de cette orskos.

C’est assez d’écriture ici pour aujourd’hui. Je dois garder de la place là-dedans pour quand je serai partie, on aura sans doute beaucoup plus de choses à raconter. Ou peut-être pas, qui sait?

#4 [fr] 

Journal de bord d’Azazor
Rencontrer Barmie et en apprendre plus sur les anciennes terres

Finir ma formation de boucher des kitinières

Maintenant, il faut que je sois en bons termes avec toutes les tribus d’allégeances kamis. Je ne sais pas si ça servira à quelque chose là-bas. Les kamis semblent a priori incapables de ressusciter les morts dans ces terres lointaines. Ou alors, ils le réservent uniquement aux plus méritants. C’est pour ça que je préfère partir en sachant que j’aurais tout fait pour me faire bien voir d’eux. On ne sait jamais. Et puis, on apprend toujours à côtoyer les autres tribus.
Il ne me reste plus que les mystérieux Gibads, dont j’ai découvert le campement dernièrement dans la région du Vide, et les Déferlants. Ça ne va pas être simple avec ces derniers, c’est une plaie d’accéder à leur campement et ils sont particulièrement méfiants. Ce fut déjà un véritable supplice avant d’arriver à ce qu’ils me confient des missions de livraisons. Bien sûr, ces livraisons se font dans la région des Îles enchantées. Tu parles d’un enchantement !
Ah oui, il reste aussi les Amazones matis. Mais je crois que pour ceux-là, je passerai outres leur sympathie. Au moins n’ont-ils pas envie de me tuer quand je m’approche de leur campement... et moi de même. C’est déjà pas mal me demander.

Quoi d’autre ? Qu’est-ce que j’oublie ?



Wixarika. Ai-je bien fini ta formation ma fyrette ardente ? Sauras-tu me remplacer quand je ne serai pas là ? Et le CEK, que va-t-il devenir ? Certes, je leur fais confiance pour continuer les recherches, traquer les dômes de kitins blancs et finaliser les cartes de nids de kitins. Mais je ne peux m'empêcher de penser que je les abandonne.

Plus on s’approche de la date du départ, plus je doute. Mais c’est ainsi. Je me suis toujours posé beaucoup de questions. Et si peu de réponses en retour...

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#5 [fr] 

Journal de bord d'Eeri
Tria, Nivia 15, 2nd AC 2617

Une chose de faite, et pas la plus facile.
J’ai tendu ma main vers Kyriann, et lui ai donné mon badge de drakani, à garder en lieu sûr jusqu’au jour de mon retour dans les nouvelles terres. Elle a essuyé quelques larmes. Ostium a contesté un peu, cherchant à comprendre mes raisons. Mais heureusement, ils sont n’ont pas rendu les choses plus compliquées. Et n’ont pas posé plus de questions. Je préfère ça, et il me tardera de les revoir. Jazzy, lui, a gardé le sourire, comme s’il savait ce que tout cela impliquait.

Maintenant, commence le vrai travail : changer de coiffure, modifier mon tatouage, et discrètement me faire passer pour ce que je ne suis pas. Tout ceci tourne dans ma tête depuis que Barmie nous a parlé des maraudeurs, et de la probable difficulté à franchir cette forteresse, ou simplement de pouvoir traiter avec les homins des anciennes terres. Mazé’Yum a confirmé la seule solution qui me semblait valable : celle d’être l’une des leurs, de posséder mon propre cristal zyn. Surtout, il m’apportera l’aide dont j’ai besoin afin de convaincre l’officier Atimoskain de me laisser entrer dans le campement maraudeur. Apparemment des preuves d’avoir combattu les gardes de différentes villes. Quelques missions, sous cape, dans leurs postes avancés afin de faire parler de "moi" chez eux, aussi. À commencer par le pays matis, ça suffira sans doute, et au mieux, ça pourra être plaisant. Ça devrait suffir pour que je puisse me procurer chez eux ce dont j’ai besoin. Comparé à ce que l’on entend des maraudeurs des anciennes terres, ceux des nouvelles terres semblent bien naïfs pour considérer une telle épreuve comme une marque de bravoure. Qu’importe, et tant mieux, ça me facilitera la tâche.

J’espère que mes drakani n’auront pas vent de tout ça. Azazor ne doit pas le savoir non plus. À quoi ça servirait? Je sais juste qu’il fera le nécessaire de son coté, il est lui aussi plein de ressources. Au mieux, ce cristal zyn sauvera nos deux vies si j’ai à le montrer afin de nous faire accepter par l’un des clans maraudeurs là-bas. Au pire, ça ne sauvera peut-être que la mienne.

Quand à Mazé’Yum, je trouverai le moyen de lui faire parvenir des informations, c’est ce qu’il veut. Le futur des nouvelles terres se décide là-bas, me dit-il. D’après lui, les communications entre les anciennes terres existent, si l’on a pas peur que le message ne se perde ou soit lu par quiconque le transporte. J’avais commencé à apprendre à cacher des informations dans des cubes d’ambre anodins avec lui, mais je doute encore être capable de le faire par moi-même une fois partie. Il faut sinon lui communiquer un code afin de déchiffrer les informations importantes, mais une écriture visible et indéchiffrable sur un message attirera bien plus l’attention.

Ça ne me laisse que peu de jours, le temps passe. Me procurer des cubes d’ambre et terminer d’apprendre à les coder. Me procurer un cristal zyn et quelques objets de la panoplie du parfait maraudeur. Apprendre aussi des rudiments de marund. J’aurai le temps en route, mais ce n’est pas avec le vieux fyros que j’arriverai à avoir une prononciation convaincante. Je dois aussi recevoir quelques petites bombes à goo de Mazé’Yum aussi, et ma commande chez la matisse est prête.
Eeri, tête de ploderos amorphe, ça suffit d’écrire, secoue-toi le kostomyx, tu as du pain d’épice sur la retch !

#6 [fr] 

Journal d'Azazor
19h - Quarta, Nivia 22, 2nd AC 2617

Aux autorités fyros qui liront ce mémoire, je vous dois toute la vérité. Je vous ai dit que je partais pour affiner la carte des anciennes terres, celle de la route d’Oflovak et en apprendre plus sur les kitins de ces lointaines contrées. Mais ce que je ne vous ai pas dit et que je ne vous dirai pas avant de partir, c’est l’autre raison qui me pousse à faire ce voyage.

Celle-ci s’est présentée à moi lors de notre rencontre avec Barmie Dingles. Il nous a parlé de cette citadelle maraudeur tout au bout de la route d’Oflovak. Des maraudeurs qui ne nous laisseraient pas passer sans contrepartie. J'ai compris qu'il y avait là une belle opportunité. Les maraudeurs ont réussi à survivre sans l’aide des puissances. Ils ont développé une technologie qui leur permet de se téléporter sans l’aide des kamis ou de la karavan. Ils savent faire des armes, des foreuses, des armures. Toute cette science, tout ce savoir, mériterait d’être partagé.
Rappelez-vous ce vol à l’Académie Impériale par la tribu des Ecorchés. Tout est venu du refus de la chancelière de partager le savoir, en l’occurrence un manuscrit sur les timaris gooifiés. Parce que nous n’avons pas eu confiance, parce que nous avons voulu garder le savoir, jalousement, pour nous seul. C’est cela que nous devons combattre.

Je dis que tant que les maraudeurs n’empiètent pas sur notre territoire, qu'ils ne contreviennent pas à nos intérêts, il peut y avoir échange avec eux, aussi bien de vivres, de matières premières et de savoirs. C’est cela que je négocierai à la citadelle. Ouvrir le dialogue avec eux. Je doute que cela sera suffisant pour qu’ils nous laissent passer leur citadelle, mais au moins, cela jouera en ma faveur. Et puis, je compte sur Eeri pour trouver quelque chose de plus matériel à leur proposer.

À mon retour, je vous dirai cela de vive voix. Je vous dirai que oui, j’ai négocié avec les maraudeurs. Oui, j’ai osé leur proposer d’échanger nos savoirs, nos manuscrits, nos ambres. Mais pas par trahison, plutôt par sens de la diplomatie. J’ai longtemps été adepte de la diplomatie de la hache. Et je ne crois pas que ce soit la plus efficace.

J'ai toujours dans l'idée de devenir talumetimos à la chambre de la Vérité. Si je dois avoir un jour cet honneur, alors ce sera dans le respect des autres piliers, à commencer par celui de la Vérité.

Last edited by Azazor (3 months ago)

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#7 [fr] 

Journal de bord d'Eeri
Holeth, Medis 18, 3rd AC 2617

Quelle journée. Ou journées, plutôt. Je me suis réveillée après visiblement plusieurs nuits de fièvre, j’ai perdu la conscience du temps. Trois jours, quatre jours? Lorsque j’en ai eu la force, j’ai machinalement déchiré un pacte pour Fairhaven, comme si je devais faire mon rapport aux drakani. Arrivée là-bas, j’ai vidé une grande byrh au comptoir, j’avais soif. Puis je me suis rendue compte que Kyriann et Eolinius étaient là, avec ce marchand de brassage de vide. Kyriann a eu du mal à me reconnaitre, à cause de ma coiffure. C’est là que j’ai repris conscience de la situation présente. Au fil de la conversation, j’ai retrouvé mes esprits, et d’un coup, me suis sentie dans une forme incroyable, quoi qu’un peu confuse, une énergie à arracher la corne d’un bodoc d’un coup d’orteil.
Le bruit courra sans doute très vite qu’avant de retourner à thesos, il s’en est fallu de peu pour que je me laisse aller à une pulsion meurtrière. Personne n’aurait pleuré de voir ce Feinigan avec une dague en travers du bas-ventre. Allons, soyons positifs, si ce n’est pas moi, un autre le fera, et j’espère en lui offrant autant de souffrances gratuites que j’avais entrevu de faire. Était-ce pendant, ou après, la mémoire m’est revenue… Les bains. Cette épine, sur la dague vivante. Je ne pense pas que Kyriann, ou que Feinigan, ne se soient rendu compte de quoi que ce soit lorsque j’ai enlevé mon gant, afin de vérifier si cette marque n’était pas un mauvais rêve. L’effort que j'ai du faire pour contenir ma réaction a sans doute engendré cette pulsion, comme si Feinigan devait payer pour les manigances de cette damnée matisse.
Heureusement, ou malheureusement, le coup de dague n'est pas parti.

Ça m’apprendra, de nouveau. Yubette de lait que tu es, Eeri. Il te faut connaitre tes ennemis, encore plus que tu ne les connais. J’aurais du savoir quelles précautions prendre lorsqu’on saisit une dague vivante de ses damnés orskos. Elle se dit scientifique… Je lui souhaite une fin atroce, que ses poisons aient raison d’elle.

————

Maintenant que j’ai pris le temps d’analyser les différents stades de ma réaction à la substance qu’elle m’a injectée, je peux en déduire deux choses : il ne s’agit pas du poison qu’elle m’a préparé, si seulement je peux faire confiance à la description qu’elle m’en a fait.
il doit s’agir d’une drogue similaire à ce qu’utilisent les maraudeurs. Sans doute pas de sève noire pure. J’ai déjà pu observer il y a longtemps avec les légionnaires, les phénomènes d’addictions suivant la première injection, et les effets secondaires qui peuvent durer plusieurs semaines ou causer la mort. Mes symptômes étaient beaucoup plus légers.
En repensant à la sève noire, il m’est revenu que Vao avait quitté Zora quelques mois auparavant, et qu’il avait été aperçu vers Yrkanis. Le lien avec Canillia semble évident, quoi que peut-être trop facile, ou trop direct. Je dois en avertir Mazé’Yum, il en saura peut-être quelque chose. S’il ne travaille pas avec elle, toute information que je peux lui donner sera au désavantage de la matisse.

Quand à cette marque, dans la paume de ma main… Je mets maintenant en doute toutes ses paroles. La raison n’était ni de me faire passer un rite quelconque ou me donner l’opportunité de reconnaitre, ou d’être reconnue comme l’une des leurs, formée auprès de ces "ienne" ou "uenne", comme elle m’a expliqué. Des agents du royaume, des nettoyeurs. Pourritures. Fleur serait apparemment de mèche? Je ne me souviens plus de tout ce qu’elle m’a dit. Je dois avertir les drakani. Ou peut-être est-ce son plan d'incriminer quelqu'un d'autre, de nouveau, afin de passer inaperçue?

Maintenant, elle pourrait profiter de cette marque, je ne sais comment. M’incriminer dans n’importe quel méfait. Elle veut que je revienne des anciennes terres, en effet. Mes raisons de partir sont encore plus urgentes, je suis piégée.
Mais je serai là, de retour, dans plusieurs années.
Je serai sa mort, sa souffrance.

————

Note pour moi-même : poison à tester sur une pique, sur kincher ou kirosta, et sur n’importe quel autre créature non kitin.
Seconde note : faire une copie de cette entrée de journal, plus factuelle, et la laisser dans mon appartement. … Et une copie pour les drakani.


————

J'allais presque oublier. Avant de rencontrer Canillia, avant qu'elle ne me drogue, j'ai rencontré de nouveau Mazé'Yum.
Il m'a donné deux livres, des instructions, pas mal d'informations, et de quoi me faire respecter de l'agent maraudeur, pour entrer dans le camp de la source cachée. Le temps presse, il est l'heure.

#8 Multilingual 

Multilingual | Français | [English]
Izam addressed to Tao-Sian, Dynastic Healer

Lordoy Nair Tao-Sian

Despite my guild's recent troubles with the Theocracy, I appeal to your unique skills. I know from your past exploits that you will not turn away from a homina in need.

Our friend and former guild member, Eeri, wants to leave soon for a trip on the road of Oflovak, but she has just had an attack. For a moment, she didn't seem to be herself.
Could you give us a consultation like you did for Ny-Jazzy?
We won't take up your time and your price will be mine.

Kyriann Be'Zephy Rie
Taliar Tryker
Leader of the Guild Bai Nhori Drakani

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Kyriann Ba'Zephy Rie
Cheffe de la guilde Bai Nhori Drakani
Taliar
Mère de famille

#9 [fr] 

Mazé'yum s'était demandé quel rôle il devait assumer dans le voyage qu'Eeri et son compagnon envisageaient.

Lorsque la fyrette lui avait exposé son projet, le zoraï avait rapidement conclu que les chances de survie de ces deux-là étaient proche de zéro dans les Anciennes Terres. Dès lors, à quoi bon y investir la moindre énergie ? Cependant, cette apprentie était une homine pleine de ressources ; l'envoyer à la mort était une perte stupide. De plus, elle cumulait plusieurs qualités que Mazé'yum prisait particulièrement et qu'il souhaitait voir se développer au sein de l'hominité. Il ne pouvait pas simplement l'abandonner à son sort, même s'il était en désaccord avec certaines de ses décisions. Il lui avait donc donné quelques conseils de base. Puis il avait réfléchi à ce voyage, cherchant comment améliorer leurs chances.

Ils devaient vraiment comprendre que dans les Anciennes Terres, tout homin devait être un allié. L'environnement était si féroce que nul ne pouvait se permettre de mettre sa graine de vie en danger pour de stupides querelles homines. Cependant, les abrutis étaient aussi répandus dans les Anciennes Terres qu'ici. Les deux fyros devaient apprendre à donner les bons gages. C'était une bonne chose qu'Eeri se soit décidée à acquérir une reconnaissance parmi les maraudeurs, même limitée. Si son compagnon passait Ranger ou maraudeur à son tour, alors ils auraient déjà une bonne base.

Les poisons et les bombes à goo étaient une mauvaise idée. Il avait tenté de l'expliquer à Eeri, mais elle était fyros et donc têtue comme bodoc quand elle avait une idée en tête. En même temps, les clans maraudeurs des Anciennes Terres visibles sur les Nouvelles Terres donnaient une image des plus pitoyables de cette civilisation. Entre les m'a-tu-vu du clan des Égorgeurs qui se contentaient de chercher la bagarre, les effroyables assassins du clan de la Sciure Noire dont le sadisme alimentait les histoires pour faire tenir les enfants tranquilles, et les autres qui n'étaient que des gamins en quête de gloire facile et de coups d'éclats, on pouvait comprendre qu'Eeri comme tant d'autres considèrent que les Maraudeurs n'étaient intéressés que par les diverses façons de tuer des homins.

Mais c'était différent dans les Anciennes Terres. Là-bas, l'impératif était de survivre et d'empêcher les kitins de progresser vers le sanctuaire des Nouvelles Terres. Cela valorisait forcément la prouesse guerrière, mais aussi les capacités stratégiques et le fait de combattre ensemble, de façon soudée et efficace. Si un jour les kitins disparaissaient (ce qui ne risquait pas d'arriver) et que ces maraudeurs-là décidaient de s'imposer dans les Nouvelles Terres, ils les conquéreraient en moins d'un mois. En attendant, chaque vie homine était précieuse, pour peu qu'elle puisse servir à combattre les kitins. Les seuls poisons utiles étaient ceux actifs contre les monstres de chitine. Quand aux bombes à goo, cela pouvait servir de répulsif temporaire, mais jouer avec la goo était toujours délicat. Si une région se trouvait contaminée, cela arrêterait peut-être les kitins, mais cela risquait aussi de mobiliser des homins pour que la Pourpre ne dévaste pas leurs propres territoires. La fyrette voulait ces jouets, il les lui fournirait ; elle ne ferait pas grand mal avec si peu et peut-être que cela amuserait un peu les clans de savants, mais elle pouvait aussi passer pour une dangereuse terroriste à promener ce genre d'arme avec elle.

Est-ce que ses propres contacts pouvaient leurs être utiles ? Il avait passé une vingtaine d'année dans les Anciennes Terres, préférant cet exil au sort qui l'attendait après avoir mal évalué les risques dans ses expériences sur la graine de vie. Il était jeune alors et il avait payé le prix de ces imprudences. À la Citadelle, il n'avait été qu'un des innombrables subalternes dans les laboratoires du Clan des Arpenteurs d'Horizon, essayant de gratter quelques miettes de savoir sans en apprendre assez à son goût. Cette frustration de plus en plus grande l'avait finalement poussé à rejoindre une équipe d'explorateurs comme il s'en montait de temps à autre, à la recherche des artefacts des Anciennes Civilisations et d'informations sur les kitins. La dernière expéditions à destination de Karavia avait été un fiasco presque total, dans laquelle ils avaient perdu la plupart de leurs compagnons et plus grave encore, de nombreux cubes d'ambres plus que prometteurs. Ce dernier coup porté à l'ego de Mazé'yum l'avait poussé à revenir sur les Nouvelles Terres, avec un objectif bien plus clair : s'assurer que le savoir utile serait disponible pour les générations futures.

Pouvait-il envoyer Eeri aux Arpenteurs d'Horizon ? Ce clan était fréquentable. Axé sur le savoir, ils pouvaient soutenir les explorateurs en échange des informations que ces derniers rapporteraient, tout en étant assez indifférents à leurs origines. Il était cependant certain que son nom serait un sésame à double tranchant. Beaucoup considéraient qu'il n'avait survécu qu'en faisant preuve de lâcheté et qu'il aurait dû périr avec les autres explorateurs, ou au moins ramener plus de choses de l'expédition.

Le savoir. Tout se résumait à cela, en définitive. Mazé'yum avait trouvé une monnaie qui pouvait intéresser les Arpenteurs et les motiver à considérer les deux fyros comme "valides". Le travail n'était pas achevé, mais le serait-il jamais ? Il avait les données, il avait la façon de partager le savoir. Déjà, des copies des premières versions se diffusaient discrètement dans les Nouvelles Terres. Il n'y avait pas de raison pour que cela n'aille pas aussi dans les Anciennes.

Le zoraï prit un de ses exemplaires, vérifiant son état. Ces objets étaient l'une de ses plus grandes réussites. C'était plus lourd et moins complet qu'un cube d'ambre, peut-être un peu moins pérenne car plus facile à détruire, mais plus facile à utiliser aussi. Il aurait aimé que ses co-écrivains trouvent un texte moins farfelu, moins moqueur aussi, mais il fallait reconnaître que cela servait l'objectif de base. Qui songerait que derrière ce texte anodin se cachait les secrets de la graine de vie ?

#10 [fr] 

Journal de bord d'Eeri
[[note écrite avant le départ]]

Quinteth, Mystia 11, 3rd AC 2617
Je crois que ça y est, je suis prête. J’espère qu’Azazor l’est aussi.
J’ai finalement réussi à récupérer le cristal maraudeur. Puis je l’ai usé un peu, en le laissant tomber plusieurs fois, puis en le frottant vigoureusement sur la lame d’une retch. Il aura l’air d’avoir vécu. Je l’ai chargé à bloc, puis ai essayé leur système de téléportation. J’avoue que c’est assez pratique, ingénieux. Le seul mauvais coté est qu’il faut être maraudeur pour l’utiliser…
Ce cristal et quelques mots de marund feront l’affaire. De toute façon ni Azazor ni moi ne pourrons cacher que nous venons des nouvelles terres. C’est ça, ou rien.

J’ai finalement écrit une lettre à propos de Canillia, pour Maze’Yum. Il fera ce qu’il voudra de ces informations. Après tout ce qu’il a fait pour moi pour m’aider à préparer ce voyage, je préfèrerais pouvoir lui en parler de vive voix, mais j’ai peur de ne pas avoir le temps de le voir. Ça fera quand même fait désordre d’aborder ce sujet de conversation en face d’Azazor et de ceux qui seront présents pendant notre petite cérémonie de départ.

J’ai aussi écrit quelques lettres. Des lettres d’adieu non, plutôt des lettres d’amitié et d’encouragement. Il est important parfois d’écrire et de faire savoir aux homins qui nous sont chers pourquoi ils le sont. Et parfois, les choses sont plus faciles par écrit, mêmes avec les mots d’une fyrette si peu poétique que moi.

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Mon sac est prêt, aussi. Je n’emmènerai finalement pas cette armure maraudeur. Trop lourde, et la prendre revient à faire une croix sur beaucoup d’autres choses. À la place, je me suis refaite une kostomyx noire, de la meilleure qualité, aussi légère et résistante que possible. Je pense m’en être pas mal sortie, au moins je n’aurai pas appris cet artisanat pour rien. Il faut voyager léger, aussi léger que possible, et surtout avoir la place pour suffisamment d’armes, d’ambres et autres matériaux, et de produits divers et variés. Pas ou peu de nourriture, seulement des choses que nous gardons en cas de coup dur. Nous devrons chasser au jour le jour, dès que l’occasion le permet.

Demain, nous partons pour Silan, et nous ferons nos premiers pas vers l’inconnu. On m’a raconté que petite, j’étais arrivée par cette même route, amenée par un groupe de rangers. Enfant perdue, ou plutôt, enfant trouvée. Quel age devais-je avoir? 5 ou 6 ans? Je ne me souviens pas. Peut-être quelques souvenirs reviendront à la surface, quelques sensations de déjà-vu.

Ce sont donc là mes derniers mots dans ce journal, que je n’emmènerai pas. Lorsque je reviendrai, il constituera la première partie de nos mémoires de voyages. Je réécrirai tout ça, parce que bon, ça manque quand même carrément de style.








Edited 3 times | Last edited by Eeri (2 months ago) | Reason: coquilles, quilles, quilles.

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Eeri
"Quand on a le nez trop près de la bouteille, on ne voit plus le bar"

#11 [fr] 

Journal de bord d’Azazor
Dua, Pluvia 8, 3rd AC 2617

Première nuit sur la route d’Oflovak. Rien de particulier à déclarer. Après un passage rapide sur une plaine désolée avec uniquement de la micro végétation, on est passé à un biotope type forêt. Des bornes couvertes de mousses mais debout (Eeri me dit que les rangers passent régulièrement sur cette portion de route pour les entretenir). Pas d’homins de croisés bizarrement, pourtant ce bout de route est réputé être infesté de bandit. Mais visiblement on a de la chance, pour l’instant. Ou alors deux fyros en armure lourde, ça dissuade. Par contre, on a vu des kitins, mais pas plus gros que ceux que l’on connaît. Et pas spécialement nombreux. Leur puissance, je ne peux pas dire, on a pas essayé d’en tuer un. Malgré ce que dit Eeri, je sens que pour l’instant, les puissances pourraient encore nous ramener si elles le voulaient, mais j’ai un doute. On est peut-être déjà trop loin. Et j’ai pas envie de jouer au mektoub ici. Mourir dans cette quête, je suis prêt à l’accepter, mais pas tout de suite quand même.

On va dire que ce premier jour, c’est plutôt facile. Pour l’instant on est en terrain connu, pour Eeri tout du moins. Son expérience de ranger est un atout. Ce qui m’inquiète, c’est quand on attaquera le labyrinthe. Là, on sera tous les deux à poils devant l’inconnu. Eeri me dit de ne pas m'inquiéter. Mais depuis mes expéditions en pagne dans le couloir brûlé, je sais que trop de confiance tue. A trop connaitre le terrain, on en oublie les règles élémentaires de prudence.

Dormir

Note pour pas oublier
Labyrinthe : succession de zones de forêt en haut et de jungle en bas. Biotope pro kami en bas, pro kara en haut. Au ciel les vaisseaux de la karavan, sous terre, le lieu des kamis ? Du dragon ?

Dormir, maintenant.

Last edited by Azazor (3 weeks ago)

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fyros pure sève
akash i orak, talen i rechten!
élucubrations
biographie

#12 [fr] 

Journal de bord d'Eeri
Prima, Medis 14, 4th AC 2617
Les jours passent et se ressemblent, la route aussi. La chaleur de l’été rend le voyage plus difficile, mais nos mektoubs tiennent le coup. Qu’importe, les nouvelles terres semblent déjà bien loin derrière nous. Azazor semble déjà bien tendu et soucieux, pourtant la route sur laquelle nous sommes est encore relativement sûre. Je me demande comment il réagira plus tard.
Je pense sans cesse à tous ceux que j’ai laissé derrière moi. Les drakani, d’abord. J’espère qu’il ne leur arrivera rien, vu le ramassis de dégénérés du bulbe qui rôdent. J’espère que les zoraï-goo se tiendront loin d’eux, mais je n’ai que peu d’espoir, ces trykers excellent dans l’art de s’attirer tous les ennuis des nouvelles terres. Je pense à Wixarika, aussi. Je sais qu’elle s’occupera de mon petit monstre à merveille. De toute façon j’aurais fait une mère lamentable, à quoi bon essayer? Je sais aussi qu’elle n’aura pas une tâche facile à réveiller les patriotes et secouer l’empire. J’espère quand même que l’empire se redressera et retrouvera sa grandeur, un jour. Une voix étrange résonne dans ma tête lorsque je pense à ça… "autant pisser dans un strammel"

Azazor a aperçu cette marque noire dans ma main, qui s’est un peu étendue, mais étrangement ne me fait plus mal. Je ne sais pas si ça disparaîtra ou si ça continuera à s’étendre. J’ai vaguement évité sa remarque à ce sujet, lui disant que j’avais ça depuis bien longtemps, et que c’était maintenant simplement une coloration. Satanée matisse, je ne l’écrirai jamais assez. J’espère que Maze’Yum s’occupera bien de gooifier sa jolie peau blanche et pure.
Il faudra bien que je dise des choses à Azazor. Ça ne sert à rien de tout lui cacher, maintenant. Il n’a plus d’autre choix que celui d’accepter ce que j’ai dû devenir et ce qu'il ne sait pas. Mais pourtant, j’ai peur d’en arriver à ce moment, peur de cette confrontation. Ça arrivera bien assez tôt, je prie pour que ce soit le plus tard possible.

Assez écrit pour aujourd’hui. Je ne dois pas transformer ce journal de recherche en épanchement d’états-d’âme. Mal barré… En même temps, pour l’instant, il n’y a pas grand chose à observer, à part qu’Azazor ronfle à en faire s’énamourer un madakam.

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Eeri
"Quand on a le nez trop près de la bouteille, on ne voit plus le bar"

#13 [fr] 

Journal de bord d’Azazor
Dua, Fallenor 14, 4th AC 2617

Depuis plusieurs semaines, on tente de suivre tant bien que mal les balises de la route d’Oflovak. J’ai essayé de compter pour voir si elles étaient à peu près équitablement espacées. Peine perdue, leur présence est totalement anarchique. Parfois, on passe une journée entière à marcher en suivant une direction, sans être sûr d’être sur la bonne route. On doute, on regarde l’astre du jour pour se rassurer : toujours à l’est. On suit ce qu’on croit être une piste. Mais ça n’en est sûrement pas une. Une illusion se dit-on. On se couche alors le soir en se disant qu’on a fait fausse route. Et puis le lendemain, paf, une balise, on respire. D’autre fois, on croise une balise toutes les heures. Alors on avance confiant, sûr d’aller dans le bon sens. Mais la plupart du temps, on croise à peine deux ou trois bornes par jour. Et encore, il faut voir l’état de celles-ci. Autant au début de la route, elles avaient un aspect à peu près correct. Mais depuis qu’on s’est enfoncé dans ce qui semble être le fameux labyrinthe, ce ne sont que de vieux bouts de bois couverts de mousse et en état de décomposition avancée qu’on a du mal à repérer dans la végétation.

Parlons-en de la végétation. Une alternance de forêts et de jungles avec entre les deux biotopes, une transition disons... abrupte. Faut grimper quoi. Et quand je dis grimper, c'est pas un vain mot. Je m'attendais à une pente, comme pour accéder à la source cachée depuis la forêt matis. Mais non, c'est de la véritable escalade. Je crois que c'est des sortes de grosses racines touffues qui séparent les deux biotopes, pas de la falaise à pic. On peut s'accrocher à ces marches gigantesques pour monter. Il y a même parfois des balises murales qui vous indiquent la direction. C'est une horreur que de grimper, en portant son sac, en poussant par derrière les mektoubs pour ne pas qu'ils glissent, tout en s'accrochant à une main aux touffes de végétation qui poussent sur la racine. Si Eeri n'avait pas été là, j'aurais pleuré. Oui, je l'écris: c'est la chose la plus physique que j'ai jamais fait. Même l'entrainement chez les Légions Fyros était plus facile.

Une fois en haut, on se rend compte qu'on a changé de biotope. On cherche la balise suivante et c'est reparti. Après plusieurs jours de marche ininterrompue dans la forêt, une autre racine géante, mais à descendre cette fois. Et on alterne ça encore et encore. C'est simple, ça monte, c'est la forêt; ça descend, on sait alors qu’on va passer aux ragus et autres najabs de la jungle. Et le tout sans crever et sans se perdre dans cette immensité interminable. Sur la carte, c'est marqué "zone dangereuse". J'ose pas imaginer ce que ce sera dans la mer de bois ou le désert morcelé.

Le pire pour l'instant, c'est la forêt. La Masure de l’Hérétique à côté, c’est un chemin d’agrément. À chaque croisement, on doit passer un moment à chercher la balise qui nous indiquera la bonne direction. Oh, quand on n’est pas pressé, ça va. Mais quand vous avez un troupeau de jugulas qui vous colle aux fesses, c’est moins drôle. Pourtant on essaie de les éviter ces bestioles, mais il faut croire qu’elles adorent se planquer derrière un arbre ou une racine, pour vous choper par surprise. Alors on avance au pas, lentement. On renifle pour sentir si y’a pas comme une odeur de jugula dans l’air. Ou de torbak. Mais eux encore, ils sont moins vicieux.

Et puis… il y a la jungle et ses najabs, la jungle et ses ragus qui vous courent après pour faire de vous leur prochain repas. On n’a pas croisé d’ocyx par contre. J’ai envie de dire tant mieux. Je veux pas savoir ce que ça fait une brûlure de feu d’ocyx dans un monde où, j'ai cru comprendre, la magie kamique n’est plus là pour réparer nos blessures. On a réussi jusqu’ici à éviter les coups, donc impossible à vérifier. Et me scarifier exprès pour vérifier, on verra plus tard. Après, y’a bien eu ce coup de griffe de jugula sur mon armure avant-hier. Mais rien qui n’ait touché la chair. Le feu d’ocyx par contre, je sais par expérience qu’il traversera l’armure, aussi fyros soit-elle. Pas de kitins non plus, que ce soit dans la forêt ou dans la jungle, et aucun des gibbaïs aperçus de temps en temps au loin n'a jugé bon de nous rendre une petite visite de courtoisie. Toujours concernant la jungle, un moment donné, on est rentré dans une sorte de tunnel. J'ai cru qu'on allait passer à un biotope du type prime racine, mais pas du tout. C'est resté la jungle. On était peut être pas assez en profondeur pour qu'il y ait de changement environnemental. Je ne sais pas, j'en bave tellement que je suis bien incapable d'avoir une réflexion sur ce que je vois en ce moment. Alors je note et on verra plus tard, à tête reposée. Si on arrive à Fort-le-Phare un jour par exemple...

Ah oui, et le plus beau, aujourd'hui on a déjà perdu un de nos deux mektoubs. Faut dire que l'escalade, c'est déjà pas pratique pour nous homins, mais pour des mektoubs chargés à bloc, c'est juste pas possible. Ce foutu mektoub a glissé en descendant une de ces énormes racines et s'est éclaté la tête plus bas. Et bien sûr, la plupart des potions que j’avais emmenées ont été brisées dans l'accident. Heureusement, je garde les morceaux de cuir de varinx dans mon sac. Eeri se moque de moi et de mes « priorités ». Mais garder une trace, c’est le plus important. En voyant le toub éclaté, elle a rigolé puis a dit simplement: faudra s'attacher avec le toub restant la prochaine fois. Je sais pas comment elle fait pour garder sa capacité à rire puis redevenir sérieuse la seconde d'après.. Même quand j’ai pris ce coup de griffe de jugula, elle a trouvé le moyen de rigoler et de me vanner. Y’a des fyros, ils sont faits d’un autre bois. Ou alors c’est le début de la folie.

Tiens, en ce moment, elle fait cuire la patte de mektoub qu'elle s'est trimballée toute la journée, celui qui s'est éclaté en chutant dans la journée. Ah ça, elle y tenait à sa patte de mektoub. Faut pas gâcher qu'elle m'a dit, en me regardant avec ses yeux fous. J'ai pas osé la contredire.

Eeri, s’il te plait, ne craque pas. Attends au moins qu’on soit sorti de ce foutu labyrinthe !

Edited 2 times | Last edited by Azazor (2 months ago)

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fyros pure sève
akash i orak, talen i rechten!
élucubrations
biographie

#14 [fr] 

Journal de bord d'Eeri
Quarta, Germinally 10  Tria, Germinally 21, 1st AC 2618

Pour l’instant, la route est relativement divertissante. Ce n’est pas l’avis d’Azazor, et je m'emploie à pousser ses limites. Je suis convaincue qu’il vaut mieux le faire maintenant, plutôt que d’attendre d’être réellement confrontés à l'inconnu. J'ai l'impression que le fyros panique légèrement, intérieurement. Le pauvre. Je devrais le ménager, mais pour l’instant je peux me permettre de le garder encore dans cet état. Je saurai lui dire ce qu’il faut pour qu’il retrouve son sang-froid quand il le faudra.

Et puis on a perdu le Mektoub d’Azazor. "künos, j'ai glissé, künos", j’ai fait, avec une petite voix, et ça nous a pas fait rire. "ramèch", j’ai ajouté, en grimaçant.
Ces bestioles ne sont pas taillées pour un chemin pareil. Grimper et sauter de racine en racine, il faut dire, c'est pas leur truc. C'est pas non plus le notre, je vais pas mentir. D'ailleurs, Azazor me faisait remarquer l'absence de Gibbaïs dans la zone, et c'est une bonne chose, ce serait bien les seuls créatures capables de nous courser dans ces zones, avec leurs grands bras. Les jugulas ne nous y poursuivent heureusement pas, et lorsque nous avons à grimper, les prédateurs de la jungle non plus. Observation en passant, quoi que pas très utile : poursuivi par les machoires d'un najab, le mektoub se montre très agile lorsqu'il s'agit de grimper sur des racines pour ne pas se faire bouffer. Il est en revanche beaucoup moins à l'aise lorsqu'il s'agit de descendre. C'est peut-être du à la position de ses yeux, ou bien aux sangles et sacs que nous lui attachons dessus qui l'empêchent de bouger librement. Je regarderai ça. Il était peut-être simplement trop chargé.

Bref, on a perdu un mektoub, la poisse. Cet imbécile d'animal a posé une patte là ou il fallait pas, il a fait une belle chute, et s'est empalé la trompe plus bas. C'était pas beau à voir, et ça nous a calmé... J'ai bien entendu fait de mon mieux pour ne pas montrer mon inquiétude à Azazor, il ne faut pas perdre la tête. On a bu une bonne shooki à la mémoire de l’animal, sachant qu’on abandonnerait le petit tonneau là. Puis on a pris les outils, la viande séchée, deux ou trois potions qu’on a pu sauver, vu que la plupart étaient en miettes, donc le plus précieux du sac de l’animal et on a abandonné quelques pièces d’armures, des vivres encombrants... Ensuite, nous avons mis ça comme on pouvait sur mon mektoub, et pour ne pas trop le surcharger, en faisant un peu de place dans son sac aussi. J’essayais tant bien que mal de ne pas sortir certaines de mes marchandises plus délicates. Azazor lorgnait sur tel ou tel paquet, me demandant s’il était bien nécessaire de garder tout ça. Bon, j’aurais pas du lui dire "occupe toi plutôt de trouver la prochaine balise!", il a posé encore plus de questions. Puis il a failli ouvrir la boite avec la dague vivante. Du coup, j’ai expliqué pour les livres, et vaguement que tout le reste était important. Je commence quand même à regretter d’avoir amener ces bombes à goo du cercle noir. C’est pas anodin, et surtout, faudrait pas que mon mektoub fasse le même faux pas, ça ferait un sacré nuage. Je me demande quand même à quoi ça va me servir, et si ce ne serait pas mieux d'abandonner ça discrètement dans un coin de la jungle... Pour la prochaine escalade, il faudra que je garde une partie du sac de l'animal à la main, ce sera plus sûr. Et puis faudrait peut-être que je lui en parle.

Puis mon pauvre mektoub m’a regardé de loin découper son congénère et emporter un large morceau de cuisse, avec dans ses yeux une lueur oscillant entre la tristesse infinie et l’indifférence la plus totale, sans réagir… Ça change du regard déjà épuisé et légèrement énervé d’Azazor… Le palefrenier n’avait pas menti, la bête est bien dressée, en bonne forme, elle ne nous lâchera pas. J’entends, le mektoub qu’il nous reste, pas le fyros. Pour ce dernier, j’ai servi une pointe d’essence d’ocyx avec le roti de mektoub, ça nous l’a ragaillardi. C’était une bonne soirée, on se serait crus à la patte de yubo, les grognements de Lydix remplacés par ceux des lointains prédateurs.

D'ailleurs, j'ai du forer du bois pour allumer un feu dans ce foutu pays. Tout est trop humide, il n'y a pas assez de lumière. Azazor s'est moqué de la piètre qualité de mon forage. Mais il faut dire que d'une part, les sols de la jungle et de la forêt ne sont vraiment pas mes spécialités, et que bon, kif kif, de la part d'un fyros qui ne tiendrait pas une pioche par le bon bout... Ce bois me semble assez étrange, un peu différent de ce qu'on pourrait trouver chez nous. Humide, mou, et une odeur étrange. Mais comme je n'ai jamais vraiment foré dans ces régions des nouvelles terres non plus, à part au nexus, qui est visiblement un cas à part, je ne saurais pas trop dire. Peut-être que le motega en forêt est simplement de mauvaise qualité, comme la plupart des choses que l'on trouve là-bas. Il est un peu tard pour demander à Nilstilar quel bois il utilise habituellement pour faire chauffer son eau en forêt, mais je penserai à prendre quelques échantillons au retour, si nous avons encore de la place.

Le lendemain, on a pris le temps de faire un point sur la carte. Azazor me dit que nous ne tournons pas en rond, je commence à en douter légèrement, sans le lui montrer. Mais je fais confiance en son sens de l'observation et sa connaissance des astres, qui est bien meilleure que la mienne. Ça fait quand même pas mal de jours que nous avançons ici, et Azazor pense qu'il nous faudra encore un mois de marche pour atteindre Fort-le-phare. S'il dit vrai, nous devrions bientôt arriver dans cette zone de forêt qui surplombe la Mer de Bois. Peut-être essaye-t'il de se persuader lui-même, je fais de mon mieux pour le croire.
Nous verrons. Il faut avancer sans trop réfléchir, et au moins, ça, on sait faire.
Fort-le-Phare... De là, je trouverai peut-être quelqu'un pour faire transporter une ou deux lettres vers Fairhaven et Thesos.

Allez, il faut dormir maintenant. Nous avons trouvé un coin légèrement en hauteur et protégé, il faut en profiter. Les journées se ressemblent dans ce labyrinthe, Il faut faire en sorte de rêver d’autre chose pour ne pas laisser la moindre chance au découragement.



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Eeri
"Quand on a le nez trop près de la bouteille, on ne voit plus le bar"

#15 [fr] 

Journal de bord d’Azazor
Tria, Pluvia 3, 1st AC 2618 (je crois...)

Pourquoi je l’ai écouté ? On est perdu quelque part dans la mer de bois, on n’a plus rien à bouffer à part de l’écorce et quelques plantes éparses, et on envisage de tuer notre dernier mektoub pour pas crever de faim. Voilà ce qui arrive quand on écoute les idées géniales d’Eeri.

On a réussi jusqu’ici à rester sur la route, à suivre les balises. Puis, au sortir du labyrinthe, à l’approche des falaises, quand la route bifurque à gauche et que le chemin devient plus étroit, il a fallu tomber sur un immense troupeau de jugulas. On a alors quitté la route pour se rapprocher des falaises par la droite, en espérant qu’on pourrait les longer et passer quand même, comme on l’a souvent fait dans les nouvelles terres, quand il s’agit d’éviter les dangers au maximum. Généralement cette technique marche bien. Mais pas ici, on a eu beau racler la falaise, le troupeau de jugulas était toujours présent. J’ai eu alors l’idée de revenir en arrière et de passer le troupeau en longeant la falaise par la gauche. Mais Eeri a alors eu une idée lumineuse. Ah ce génie…

Et si on descendait la falaise en escaladant cette grosse racine là, pour arriver directement dans la mer de bois, puis en allant vers le nord-est, on finira par recroiser la route. Le mektoub ? Mais si, il va réussir à descendre.

Alors oui, il a bien réussi à descendre. C’est pas passé loin de le voir lui aussi glisser pour s’éclater plus bas comme le dernier, mais non, il a survécu. Sauf qu’il ne survivra pas à notre envie de manger, maintenant qu’on est perdu je ne sais où dans la mer de bois. Probablement hors de la carte. Je n’ai plus aucun repère. On a bien pris direction nord-est une fois en bas de la falaise, mais on n’a pas croisé la route.
Pourtant, en y réfléchissant, on aurait dû simplement une fois en bas suivre la falaise en remontant vers le nord. Ça nous aurait un peu rallongé, mais au moins, c’était plus prudent. Sauf qu’Eeri voulait aller vite. Sauf qu’Eeri, quand elle a une idée en tête, quand elle se sent en confiance, elle fonce tête baissée. Je comprends, j’étais comme ça avant de me rendre compte que la technique fyros de foncer tout droit est une erreur, surtout ici. Faut croire qu’elle n’a pas évolué depuis les légions fyros. Après, je lui en veux, mais c'est aussi de ma faute. J'aurais dû être plus ferme avec elle. Je me suis laissé berner par son assurance. Mais la tête ici, c'est moi. Et elle les jambes. C'est comme ça que c'était prévu.

Depuis notre arrivée en bas de la falaise, il s’est écoulé plus de trois semaines. On a avancé plus ou moins dans le brouillard pendant une semaine en direction du nord-est. Parce que oui, c’eut été plus simple s’il n’y avait ce brouillard épais qui nous empêche de voir l’horizon. Tout est morne ici, le sol est nu, rien n’y pousse ou presque. Cette mer de bois, c'est la négation de la vie. Je me sens tellement faible ici, j'ai la tête qui tourne de plus en plus, et ça ne s'arrange pas avec le temps passé dans ces contrées désolées. Comme si cette mer de bois pompait notre énergie vitale. Comme si elle se nourrissait de nous. Et pour ne rien arranger, on ne pouvait pas voir les falaises au loin qui auraient dû être normalement sur notre gauche. Alors après une semaine de marche sans croiser de balises, on a tenté d’aller sur notre gauche, pour rejoindre la falaise même si on ne la voyait pas. On a fini par y arriver, après seulement un jour de marche. Puis on l’a longé. Et après dix jours de marche à coller la falaise, rien. Pas de balise, pas de pente ou d’accès quelconque pour remonter à Fort-le-Phare. Là, ça semble encore tourner vers le sud, si j’en crois la position de l’astre du jour qui peine à percer dans le brouillard.
Alors soit on est allé trop loin vers le nord et on a loupé la balise murale indiquant la route, soit… on est au niveau de cette colline sur la carte, à l’est de Fort-le-Phare. On croit longer la falaise ouest alors qu’on tourne autour de la colline.

J’espère que c’est ça. A vue de nez, on en a bien pour une semaine à rejoindre la falaise en allant à l’ouest. Puis, théoriquement, faudra descendre un peu et on devrait croiser la route. Faudra pas louper la balise. Sinon, on va descendre trop bas. On n’a plus le droit à l’erreur. Mais si on va pas clairement à l’ouest, on risque aussi d’arriver à la falaise au sud de la route. Va falloir marcher le plus droit possible et espérer que cette foutue carte soit correcte. Le mektoub n’a plus de fourrage mais il semble se contenter pour l'instant de la micro végétation qui pousse par endroit. Il avance lentement, mais il nous suit. Et nous ? On a bouffé notre dernier morceau de viande séchée hier matin. Va-t-on se contenter d’écorce et de graminées pendant une semaine ?

J'ai peur. Voilà, c'est écrit, j'ai peur. J'entends des bruits, des bruits étranges. Un grondement sourd qu'on pouvait entendre autrefois aux bords des falaises dans les nouvelles terres. Une sorte de meuglement de grosse bestiole. Je pensais que c'était les craquements de l'écorces, mais ici, on les entend beaucoup plus fort, et c'est clairement pas ça. C'est plus... guttural. Eeri parle de shalah géant. Moi ça me fait penser à des bodocs monstrueux. Et des tapements aussi... ça tape un bodoc? Je veux pas rencontrer ce qui fait ce bruit. Il y a quelques jours de ça, j'ai cru voir une forme au loin. Un truc gigantesque. J'en ai pas parlé à Eeri. Je crains qu'elle veuille aller voir ce que c'est. Je suis pas prêt. Alors j'ai fermé ma gueule et j'ai continué d'avancer. Elle l'a peut être vu aussi et n'a rien dit non plus. Elle a peut être peur elle aussi? En tout cas elle ne le montre pas.

C'est décidément trop épuisant d'écrire. Mais je préfère le faire maintenant, tant que j'ai encore assez de force et l'esprit assez clair. Parce que cet endroit rend fou si on y reste trop longtemps, j'en suis sûr. On devrait appeler cette mer de bois le désert de la confusion. Ou mieux, le désert qui rend fou. C'est peut être la folie qui me fait voir des formes sombres à l'horizon. C'est peut être elle qui beugle dans ma tête et tape dans mon crâne. Hallucination, délire, folie... La mer qui rend fou...

ramèch, je veux pas crever comme ça, de faim et complètement fou au milieu de nulle part! Si le mektoub tient, je tiens. Si Eeri ne craque pas, je ne craque pas non plus!

Au pire, si le mektoub crève, on aura à bouffer. Et si c'est Eeri qui crève? Pareil haha! Hop, fournée de légionnaire à la sciure de bois accompagnée de ses herbes folles...

J'en ai marre, j'ai peur, je veux rentrer...

Edited 2 times | Last edited by Azazor (1 month ago)

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